La définition du harcèlement moral qui a été retenue par les parlementaires permet à la loi d’évoluer positivement sur 2 points fondamentaux.
· Elle ouvre sur une conception globale de la santé du salarié : santé physique et santé mentale.
· Elle confirme que la santé du salarié est fortement liée à l’organisation du travail.
Ces 2 éléments légitiment les salariés à
agir collectivement pour la mise en œuvre d’une prévention des risques professionnels qui intègre dans son champ l’organisation du travail.
L’avis du Conseil économique et social a permis d’instruire le débat public sur le projet de loi de modernisation sociale et a fortement contribué à faire prendre en compte par la Ministre cet aspect de la réalité sociale.
Aujourd’hui, il se confirme, qu’une partie significative du rapport des forces réside dans la capacité du mouvement social à s’approprier les différentes dimensions de l’expertise sur une question donnée. Le syndicalisme doit être à l’initiative de cette appropriation.
En ce qui concerne les cas de harcèlement moral signalés par les salariés, si la loi ne va pas tout régler d’un coup, elle va poser dans la société et, notamment sur les lieux de travail, une série de repères forts, une norme qui auront un effet dissuasif et régulateur. Comme dans le cas du harcèlement sexuel, la société marque sa volonté de sortir de l’ambiguïté. Notre tâche va continuer à être d’accueillir, d’orienter et de défendre les victimes en utilisant au mieux les nouvelles possibilités ouvertes par la loi, en combinant l’action collective sur les revendications avec l’action juridique qui a sur le moment une dimension individuelle mais dont l’enjeu est aussi d’améliorer la jurisprudence.
Sur notre stratégie syndicale
Dans le monde de la pensée unique, le travail n’a pas de valeur, seule la finance en a une. La stratégie patronale vise l’abaissement du coût du travail salarié.
De ce point de vue, il est important de briser les résistances effectives ou potentielles notamment en faisant des exemples.
Le harcèlement moral est ressenti par celui ou celle qui refuse de se soumettre à l’emprise de cette domination.
L’organisation du travail est au cœur de la généralisation de la souffrance morale au travail dans laquelle le harcèlement moral est une forme particulièrement aiguë.
En fait, le harcèlement moral agit aujourd’hui comme le révélateur d’une organisation du travail et de l’emploi qui met les salariés en concurrence et qui les empêche de bien vivre leur travail ensemble. Dans cette situation, l’intégrité et la dignité de la personne sont devenues des questions centrales.
Est-il normal, dans le secteur public comme dans le secteur privé, que des salariés de plus de 50 ans n’aspirent qu’à quitter leur travail parce qu’ils en ont ras le bol et parce qu’ils veulent
ainsi se préserver des effets néfastes pour leur santé d’une dévalorisation ?
Alors qu’ils n’ont jamais
accumulé autant d’expérience et de savoir-faire dans toute leur carrière professionnelle, la seule manière pour eux de garder l’estime de soi est de fuir leur travail.
La tâche stratégique du syndicalisme est permettre aux salariés de reprendre la main sur leur travail (organisation, contenu, sens, finalité).
Donner toute sa place à la valeur travail en affirmant l’importance des collectifs de travail et des règles de métiers doit permettre d’intervenir concrètement sur l’organisation du travail, les choix faits en matière d’emploi et de salaires.
Dans l’entreprise, intervenir sur l’organisation du travail et de l’emploi
En ce qui concerne le harcèlement moral, nous ne devons pas nous enfermer dans un terme devenu piégeant pour définir l’action. Il ne faut pas rester bloqué sur l’interrogation : y a-t-il
effectivement harcèlement moral ou pas ?
Il est préférable de s’attacher
à intervenir sur l’ensemble de la souffrance morale au travail, d’instruire avec les salariés l’analyse de chaque situation à partir des données concrètes.
Le rôle du syndicat, c’est d’arriver à mettre en débat avec les salariés de l’entreprise, l’organisation du travail et de l’emploi.
D’une part la plainte du salarié, d’autre part l’attente silencieuse des autres salariés.
Il faut permettre à l’individu de sortir de l’isolement en lui permettant d’interroger l’organisation de son travail, la nature de son emploi et le niveau de reconnaissance dont lui et son travail bénéficient.
Seule une organisation solidaire
entre salariés est susceptible de porter une alternative à une organisation du travail qui génère la concurrence et la division.
Nous faisons aux salariés des propositions pour reprendre la main sur les normes d’appréciation de la qualité du travail, de sa finalité et sur les moyens nécessaires pour le réaliser
:
· se fixer comme objectif d’obtenir de négocier l’amélioration des conditions de travail, la formation et la reconnaissance professionnelles en relation avec une organisation du travail et de l’emploi qui les rende praticables
· faire enregistrer sur le cahier d’infirmerie toutes les expressions d’une atteinte à la santé physique et morale (crises de nerfs, crises de larmes, etc.) au même titre que les atteintes corporelles.